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Refondation

PREMIER DEGRÉ : QUEL BILAN ? QUELLE REFONDATION ?

Depuis une dizaine d’années, l’École Publique, de la maternelle à l’université, et en particulier le premier degré ont subi les politiques des gouvernements de droite qui se sont succédés. À l’école primaire, les contre-réformes se sont rajoutées les unes aux autres. Elles ont été appliquées sans concertation, de manière brutale et autoritaire ; elles peuvent apparaître sans lien entre elles, mais ne nous y trompons pas, elles tendent toutes vers  le même objectif : être en adéquation avec le  Conseil européen de Lisbonne qui, en mars 2000, a fixé comme objectif à la politique éducative de l’Union Européenne de « produire un capital humain rentable au service de la compétitivité économique ».  

Se pose alors la question de la finalité de l’école. Deux conceptions s’opposent : la première est résumée par Henri Pena Ruiz « La République se fait enseignante, afin de faire advenir une citoyenneté lucide, éclairée, conjuguant esprit critique et civisme », la seconde, c’est celle de l’OCDE  « A notre avis, le gouvernement a la responsabilité principale en matière de formation initiale. Les employeurs et les entreprises y contribuent en travaillant avec le gouvernement et avec les institutions éducatives pour leur assigner des objectifs clairs en fonction des besoins du marché ». D’une manière décomplexée, les gouvernements précédents ont clairement fait le choix de la deuxième. Le problème, c’est que Vincent Peillon, ministre de gauche –il est nécessaire de le rappeler– tient lui aussi un discours pour le moins inquiétant : « Je veux qu’on puisse ajuster les besoins de l’entreprise et les nôtres. » ou encore «  L’Éducation nationale est capable de changer le contenu de ses diplômes et de ses formations pour répondre rapidement aux besoins de l’économie et de l’entreprise ; elle est mobile ».

Reprenons ces dispositifs qui ont changé le sens même du métier d’instituteur(TRICE)  devenu professeur(E) des écoles. Ensuite, nous regarderons plus en détails la soi-disant refondation de l’école  concoctée par notre actuel gouvernement -de gauche- avec une priorité affirmée pour le premier degré.

– la suppression de l’école le samedi matin : deux heures hebdomadaires en moins pour tous les élèves alors que dans le même temps on alourdit leur charge de travail avec la mise en place des programmes 2008.

– les programmes 2008 : une fausse concertation pendant une demi-journée banalisée pour des programmes dont nous ne citerons que quelques aberrations : l’apprentissage du passé composé ou l’approche de l’adverbe au CE1 et la règle de trois au CM2, des programmes rétrogrades où l’élève doit se lever quand un adulte entre dans la classe et vouvoyer l’enseignant(E)- même en CP !- Pas sûr que le respect de l’autre s’apprenne de cette manière ; d’ailleurs, on peut très bien dire, « vous m’emmerdez » !

– l’instauration de l’aide personnalisée : un alourdissement considérable de la journée des élèves les plus fragiles -pendant que leurs copains s’amusent- le midi, le soir… un alourdissement considérable de la journée de l’enseignant(E) qui est obligé(E)  de tout faire dans l’urgence, ce qui l’empêche de prendre du recul sur son travail.

– les stages de remise à niveau CM1-CM2 : même principe, les enfants en difficulté à l’école vont à l’école … pendant les vacances ! À noter, une forte pression des IEN pour « trouver » des élèves pour « remplir » ces stages.

– la désorganisation des RASED : conséquence logique des deux dispositifs précédents puisqu’ils en étaient l’objectif et qui les font passer de réseaux d’aide à réseaux dead.

– les évaluations en CE1 et CM2 : légitimation des nouveaux « dispositifs d’aide ». Infantilisantes pour les enseignant(E)s, elles sont le reflet d’une  vision « rentable » de l’école, permettant de mettre en compétition élèves, écoles et enseignant(E)s –concept de benchmarking-. Heureusement, les professeur(E)s des écoles n’ont pas attendu ces évaluations pour différencier leur pédagogie.

– l’attribution de primes : 400 euros pour faire passer les évaluations nationales, c’est 400 euros pour individualiser les salaires, diviser les personnels et les faire adhérer contre récompense.

– le livret personnel de compétences pour valider le socle commun : des « compétences » tellement vagues et larges qu’elles ne sont pas évaluables. Un exemple au CM2 : « L’élève maîtrise-t-il  l’orthographe grammaticale ? Réponse : « oui » ou «  non » !!!!! Le « en cours d’acquisition » ne donnait-il pas du sens à notre travail ? La mise en place du LPC est inadmissible parce qu’elle contribue à un fichage généralisé et qu’elle est dénuée de toute perspective pédagogique à partir d’un socle commun qui se caractérise par une réduction des contenus et des ambitions.

– Base-élèves : « (…) l’établissement d’un document qui suivra le jeune au long de sa scolarité, (…) avatar du casier judiciaire, permettra, au moindre incident, d’exhumer son passé. (…) cet enfermement dans un destin imposé par le regard des autres est intolérable, il est une atteinte à ce qu’il y a de plus précieux dans l’aventure humaine : la possibilité de devenir autre ». Extrait de « Mon utopie » d’Albert Jacquard.

Le dernier quinquennat a aussi été marqué par  le gel du point d’indice (sape du statut des fonctionnaires par le contournement des grilles salariales au moyen de primes), la casse des retraites et sur le plan budgétaire par la suppression sans précédent de 80 000 postes dans l’éducation nationale. Ce dernier point a fort logiquement entraîné une augmentation sensible des effectifs dans nos classes et donc un renforcement de l’échec scolaire. Ajoutons à cela l’établissement de la journée de carence : un jour de salaire en moins quand on est malade et tant pis si on a plus de risques d’attraper rhume ou autre gastro quand on travaille au contact de jeunes enfants. De toute manière le malade est coupable !

Tout ceci méritait donc bien une refondation.

Mais qu’est-ce qu’une refondation ? Acte de refonder : « reconstruire sur des bases, des valeurs nouvelles, notamment dans le domaine politique », nous dit le Larousse.

Donc, la refondation de Peillon n’en est pas une !

 

– les rythmes scolaires

Les médias ont essentiellement mis l’accent sur les rythmes scolaires. Le projet de réforme du gouvernement s’est vite heurté aux pseudo-réalités budgétaires du terrain … et du pacte budgétaire européen pour arriver à la mouture suivante :

9 demi-journées, avec 5h30 d’enseignement les lundis, mardis, jeudis et vendredis et 3h le mercredi, pour un total de 25h par semaine. Il y aurait 23h de classe, et 2h d’aide aux devoirs devant toute la classe, puisque la dernière demi-heure chaque jour serait consacrée à l’aide aux devoirs. L’heure restante – par rapport aux 26h hebdomadaires actuelles – serait ajoutée aux heures de réunion/concertation. En faisant les comptes, où est la réduction du temps scolaire quotidien pour les élèves ? En effet, 5h30 de classe par jour, c’est seulement 30 minutes de moins. Où est l’allègement de la journée de l’enfant avec une demi-heure de moins par jour et une demi-journée de plus par semaine ? Où est l’intérêt de l’enfant ? Et celui de l’enseignant ? Et celui des parents ? La journée de travail en présence des élèves varie peu. Le mercredi matin ajoute des transports et des frais de garde (pour les enfants d’enseignants), contribuant ainsi à diminuer encore notre pouvoir d’achat, déjà en continuelle baisse depuis 10 ans.

23h de classe par semaine, c’est 1h de moins qu’actuellement. Les nouveaux programmes ne seraient pas prêts avant la rentrée 2014. Une question se pose alors. Comment faire pour appliquer un programme – déjà trop chargé – qui est prévu pour 24h, sur 23h ? Avec en plus de nouvelles disciplines…

Il reste beaucoup de zones de flou préoccupantes dans le projet ministériel : À quel moment les concertations, les animations pédagogiques, les conseils des maîtres, se tiendront-ils, puisque les PE ont des élèves en charge tous les jours, mercredis matin compris, et qu’aucune libération n’est prévue pour ces autres activités ? Cela devra-t-il se faire le mercredi après-midi, comme des rumeurs le laissent penser ? L’accompagnement pour les devoirs sera-t-il assuré par les PE seul(E)s avec leur classe entière ou y aura-t-il d’autres personnels pour l’aide aux devoirs ? Lesquels ? Des prestataires privés ? Financés par qui ? L’État, les collectivités territoriales, le sponsoring d’entreprises – avec exonération fiscale, bien sûr !?

– les programmes

Aucune réforme d’ampleur n’est à prévoir sur les programmes dans l’immédiat. Les programmes contestés ne sont pas abrogés. Le ministère renvoie d’éventuelles modifications à un Conseil supérieur des programmes dont la composition n’est pas encore complètement arrêtée.

– l’instauration de l’aide personnalisée

L’aide personnalisée serait maintenue mais changerait de nom. Le changement, c’est ça !

– la désorganisation des RASED

Pas une fois les RASED n’ont été cités : pas plus dans le rapport de la consultation sur la refondation que dans les différentes annonces de Peillon. Rien sur la reconnaissance du travail des RASED et la réouverture de tous les postes supprimés.  Peillon dit attendre un rapport demandé sur les RASED à l’IGEN. À moins qu’il ne réfléchisse à leur évolution professionnelle dans le cadre du « plus de maîtres que de classe ». En attendant, les RASED fonctionnent avec moins de personnel encore que l’année dernière. Les indemnités de déplacement qui sont loin de couvrir l’ensemble de leurs frais de route entre les écoles de leurs secteurs ont encore diminué.

– les évaluations en CE1 et CM2

Le Conseil supérieur des programmes prochainement mis en place doit y réfléchir.

– le livret personnel de compétences pour valider le socle commun

Le socle commun est maintenu. Le livret personnel de compétences n’est pas abrogé, il y aura une nouvelle version simplifiée.

– Base-élèves

Base-élèves reste toujours en place.

Alors que les craintes concernant la maternelle étaient grandes, l’inscription des missions de la maternelle dans la loi d’orientation de janvier 2013 est à relever positivement : redevenir une école particulière avec ses propres méthodes et des enseignant(E)s formé(E)s à ses spécificités. La grande section sera intégrée dans le cycle 1. Le gouvernement annonce sa volonté de scolariser davantage d’enfants de moins de trois ans, dans les zones prioritaires à la rentrée 2013 et partout ailleurs à la rentrée 2014. Une formation spécifique des enseignant(E)s pour l’accueil des plus jeunes sera mise en place. Reste à vérifier qu’il ne s’agit pas que d’une annonce, que cela ne sera pas différé par une contrainte budgétaire.

En élémentaire, le gouvernement met l’accent sur l’éducation aux arts plastiques et l’éducation musicale, l’enseignement (et non plus l’initiation) d’une langue vivante dès le cycle 2, l’éducation aux médias ainsi que l’éducation morale et civique. Il affirme son intention de mettre « plus de maîtres que de classes », d’abord dans les zones prioritaires avant d’étendre progressivement le dispositif. Mais là encore, cette « priorité » affichée pour le primaire risque fort de n’être qu’un effet d’annonce : elle se heurte aux choix budgétaires d’austérité du gouvernement et à un budget de l’éducation qui ne progresse pas vraiment. Pour information, le budget n’augmente réellement que de 0,6% si on prend en compte l’inflation. Politique d’austérité oblige. De même que pèsent les 8800 créations de postes au regard des 80 000 supprimés depuis 5 ans ?

Parce que le ministre a toujours les yeux rivés sur les indicateurs internationaux de résultats et sur les coûts financiers, parce que le président de la république et son gouvernement ont choisi de payer la « dette » pour garder la confiance des banquiers, parce qu’ils ont accepté de réduire les dépenses publiques avec comme conséquence de détruire un peu plus l’égalité des droits, nous ne pouvons que nous opposer à une refondation qui n’en a que le nom.

 

Pour SUD éducation, avant d’envisager le changement des rythmes scolaires, les élèves et les personnels ont besoin de mesures immédiates !

Suppression de l’aide personnalisée et mise en place de RASED complets sur tous les territoires, avec les collègues des différentes spécialités (pédagogiques, rééducatives et psychologiques), qui ne doivent être ni fusionnées ni supprimées mais reconnues et maintenues dans leurs spécificités

Augmentation du nombre de postes aux concours et titularisation de tous les personnels précaires

Abrogation de la Masterisation et mise en place d’une véritable formation initiale rémunérée

Abrogation des programmes actuels

Abandon du socle commun et de sa déclinaison en livret personnel de compétences

Réaffirmation de la liberté pédagogique et abandon des procédures de fichage des élèves et de contrôle du travail des enseignant(E)s

Réappropriation du pouvoir décisionnel par les équipes pédagogiques

Augmentation des salaires des personnels de la fonc­tion publique

Suppression de toutes formes d’annualisation du temps de travail

Rétablissement des droits syndicaux, du droit de grève et abrogation du service minimum

Suppression de la journée de carence

Le débat sur les rythmes scolaires ne peut être dissocié d’une réflexion de fond sur une école émancipatrice. La réforme des rythmes est un enjeu pour les élèves de la maternelle à l’université, pour leur famille et l’ensemble de la société, ainsi que pour tous les personnels de l’éducation et agents territoriaux.

C’est pourquoi Sud éducation revendique :

La réduction du temps de travail de tous les personnels

La réduction du nombre d’élèves par classe

Une réforme du contenu des programmes et des apprentissages

L’augmentation du nombre de titulaires-remplaçants pour garantir le droit des personnels à être remplacé en cas de congés maladie, de stages, de formations continues et assurer les droits syndicaux

Le développement d’une formation continue de qualité sur le temps de service pour tous les personnels

Des dispositifs de soutien aux apprentissages (plus d’enseignant(E)s que de classes)

L’autogestion des personnels dans les écoles et les établissements

SP

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