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Rythme scolaire

Humble contribution sur  les rythmes scolaires

La semaine actuelle est organisée en quatre journées de 6 heures depuis 2008. La mise en place de la semaine de quatre jours a engendré la suppression de 2 heures d’enseignement hebdomadaire pour le groupe classe tout en instaurant la mise en place de l’aide personnalisée pour les élèves en difficulté le soir, le matin ou pendant la pause méridienne.  L’alourdissement des programmes qui a vu le jour au même moment n’a ajouté que frénésie au rythme scolaire. Les enfants s’en trouvent fatigués et moins disposés aux apprentissages.

Le décret ne propose pas le rétablissement de ces deux heures perdues et donc il écarte la possibilité de l’accroissement du temps d’apprentissage à l’école. Quant aux programmes, ils n’ont pas été l’objet d’un réexamen, ce qui signifie qu’en termes de rapport temps à disposition et quantité de savoirs à transmettre, rien ne change. Il n’y a donc pas à proprement parler d’allègement du temps d’apprentissage.

Un rétablissement des deux heures tendrait quant à lui à laisser plus de temps et donc permettrait d’assouplir le rythme.

Le rythme scolaire ce n’est pas seulement le temps passé à l’école, c’est aussi ce qu’on y fait.

Aussi,  les programmes et les modalités d’apprentissages (compétences-évaluations-évaluations-compétences-compétences…) sont à revoir et à redéfinir.

De plus, la réduction du temps quotidien proposé serait d’une demi-heure au plus pour le lundi, le mardi, le jeudi et le vendredi. Cela semble bien peu pour alléger une journée, d’autant plus qu’il est à prévoir que les enfants ne pourront pas pour beaucoup d’entre eux être récupérés en milieu d’après-midi, faute de disponibilité des parents. Ils seront alors placés en garderie et l’on peut craindre alors qu’ils n’y trouvent pas les possibilités de se reposer pour affronter une semaine plus lourde encore que celle qu’ils vivent actuellement. Rappelons que cette dernière comptera une demi-journée de plus.

S’il est certes possible d’organiser judicieusement  le temps périscolaire, cela demande des moyens qui ne sont pas dans l’état actuel des choses,  à la disposition de toutes les communes. Il paraît indéniable que la réduction de la journée scolaire accentuera la disparité entre les différentes écoles qui composent le territoire scolaire. Certaines auront droit aux sports, à la musique ou à d’autres activités et d’autres seront contraintes à un service de garde minimum. On voit mal comment une petite commune rurale pour laquelle les coûts engendrés par  une cantine et une garderie sont déjà loin d’être négligeables  pourra en plus prendre en charge un service périscolaire éducatif et épanouissant pour les enfants. Doit-on limiter l’égalité de traitement de tous les élèves au seul temps scolaire ou doit-on exiger que l’École parce qu’elle est un service public accueille tous les enfants de manière égalitaire. La réduction du temps scolaire quotidien doit s’accompagner de la création d’un service public périscolaire  gratuit et financé par l’État sans quoi elle laissera place à une école soumise aux disparités territoriales.

5h 30 sur quatre jours auxquelles il faut ajouter 3h30 soit en tout 22heures et 3heures 30 soit en tout 25 heures 30  et tout cela pour une semaine de 24 heures d’enseignement : Cela ferait donc une heure trente de  trop…. En fait, en apparence, cette heure et demie est à organiser « librement », au sein des écoles, des communes et des circonscriptions. Donc, le nouveau rythme scolaire s’organise localement. Une école, voire une commune ou même une circonscription fonctionnerait sur une base de 4 journée de 5heures 15 et une demi-journée de 3heures (soit 24 heures) quand une autre aurait une semaine de deux journées de 5h30, deux journées  de 5h00 et une matinée de 3heures (soit 24 heures) ou encore 3 journées de 5heures 30, une journée de 4heures et une demi-journée de 3heures 30. On voit bien que les possibilités sont multiples. Le fait que la durée maximale de la demi-journée de classe ait été fixée à 3heures 30 et non quatre heures oblige à une distorsion du temps scolaire sur les autres journées de la semaine. Si ce temps avait été de quatre heures, la semaine aurait pu être organisée sur quatre journées de cinq heures et une demi-journée de quatre heures. Ce qui semble à priori plus simple. Mais la simplicité ici,  n’est pas de mise. Le décret se voulant moderne libéralise le cadre de l’organisation scolaire.

Cela pose question car si le but de la réforme tel qu’il est avancé est de rendre la semaine de l’enfant plus soutenable et si l’objectif est de trouver la solution idéale pour que tous deviennent bons élèves, pourquoi peut-il y avoir des  possibilités multiples ? A priori, si cette solution existe, les élèves étant tous égaux, elle est la même pour tous les élèves et s’il est peu envisageable de trouver le rythme scolaire idéal, il paraît plus juste de fixer un cadre identique pour tous, quitte à le réajuster par la suite pour l’améliorer dans son ensemble. La démarche que met en place le décret ne va pas dans ce sens. Elle laisse la place aux diverses organisations locales en instaurant les possibilités de multiples expérimentations. Donc, on peut prévoir que le fonctionnement de l’école sera différent selon les endroits. Tout cela laisse une très (trop) grande place au flou. On frise la désorganisation. On se prépare à instaurer avec tambours et fracas une loi désorganisatrice ; ce qui par essence est paradoxal.   En tout cas, quand on est enseignant, en ce moment, dans le premier degré, on a l’impression de voir le flou, le trouble arriver à grand pas.

Comme il est écrit dans le décret, il reviendra aux conseils d’école ou aux maires ou aux inspecteurs de se mettre localement d’accord afin de proposer une organisation. Mais qui des trois acteurs cités tranchera pour mettre en fin de compte tout le monde d’accord. Vu le peu d’attention portée depuis que l’on parle de réforme du rythme scolaire aux équipes enseignantes, on peut penser que tout sera fait  pour que leurs avis comptent peu ou prou. De toute manière, ces avis seront confrontés à des contraintes organisationnelles telles qu’on peut craindre qu’ils tomberont vite aux oubliettes. D’un côté, le maire devra assurer à moindre frais la mise en place de nouvelles charges périscolaires. D’un autre côté, l’IEN devra  « piloter » son personnel et veiller au fonctionnement du service et assurer notamment les remplacements des enseignants malades alors que toutes les écoles de la circonscription ne fonctionneront pas de la même manière. Tout cela pose problème. Par exemple, un remplaçant pourra-t-il sur une même semaine enseigner plus de 24 heures ? Oui, puisque l’étendue des horaires possibles est de 25 heures trente et que sa tâche de remplacement le fait passer d’une école à l’autre. Pourra-t-il travailler et le mercredi et le samedi pour que le service soit assuré ? Oui, puisqu’il pourra être autorisé à certains de travailler le samedi.  Au vu de la complexité du dispositif qui risque d’être instauré, il est presque certain que  les critères organisationnels seront mis en avant et pris en compte dans la mise en place des horaires d’école.  Ils seront même déterminants lorsque tout sera localement tranché. On risque  bien vite, on s’en doute, de s’écarter dans les faits de visées pédagogiques initiales certes louables. La libéralisation du cadre scolaire est un leurre.

Ce qui pourtant ne fait pas illusion, c’est que les écoles dont l’organe de gouvernance actuel est le conseil d’école, ne fonctionneront plus de la même manière dès lors que le décret sera adopté. Avec la réforme du rythme scolaire, les prérogatives d’acteurs externes à l’école  seront renforcées. Le contrat éducatif territorial élaboré conjointement par les collectivités, les services de l’état et les autres partenaires fixera l’étendue des compétences de chacun dans la mise en place de ce projet. Les équipes enseignantes en plus d’être contraintes par des programmes scolaires, des obligations de service, des projets d’école,  seront de surcroît tenues de respecter un contrat éducatif territorial dans lequel le rôle des collectivités et des autres partenaires sera renforcé. Le contrat éducatif territorial constitue un joug supplémentaire posé sur les épaules des enseignants, joug qui les soumet à de nouvelles autorités ; les collectivités et les différents partenaires du contrat éducatif local. Cela constitue un risque avéré de dégradation des conditions de travail des enseignants.

Conditions déjà dégradées par l’allongement de la semaine et le maintien des obligations de service telles qu’elles sont établies actuellement (Animations pédagogiques, réunions…). En effet, jusqu’à maintenant, aucune modification du dispositif en cours n’a été envisagée.

Mais, revenons à l’organisation de la semaine : dans les faits, elle place les enfants environ une heure de plus par journée d’école complète à charge des collectivités locales, dès lors que les parents ne peuvent pas les récupérer. Ces heures coûtent cher aux familles et aux communes. En ces temps de vaches maigres, comment seront financées ces heures périscolaires supplémentaires ?

Les parents paieront-ils plus ?

Ces heures pourront-elles être financées sans avoir à surcharger de travail le personnel communal déjà en place ?

Pourront-elles être financées sans avoir à embaucher  du personnel toujours plus précaire ?

Pourront-elles l’être sans que les communes aient à sous-traiter des services périscolaires moins coûteux que des embauches, à des entreprises promptes à développer un marché du périscolaire aussitôt que les portes des écoles s’ouvriront ?

Pourront-elles l’être sans avoir à s’en remettre à des mécènes philanthropes heureux de se faire un peu de publicité en offrant telles ou telles activités aux écoles de la Nation ?

Ce qui adviendra ; ni la loi de refondation de l’école, ni le décret sur le rythme scolaire, ne le dit. Cependant, nous sommes en droit de vouloir que tout ceci n’arrive pas et que les lois promulguées garantissent que le pire ne se produise pas. Nous ne voulons pas que l’école s’ouvre au Marché car elle y perdrait ses vertus démocratiques. Or ni la loi de refondation de l’école, ni le décret sur le rythme scolaire, ni les discours du ministre de l’EN, qui a appelé  l’entreprise à s’intégrer dans les écoles à plusieurs reprises (rencontre dès la sixième, intervention de l’industrie hôtelière dans la résolution du décrochage scolaire…) ne semblent en mesure de garantir une  indépendance salutaire du service public d’éducation.

Yann Sauvat

Published in- Primaire