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Premier degré : Pressions, arbitraire et petites misères quotidiennes dans les écoles… Que faire ?

Il est des circonscriptions où l’on délivre en début d’année des notes de services d’une dizaine de pages dans lesquelles on rappelle à tous les orientations ministérielles et dans lesquelles on dicte la manière d’appliquer ces orientations sur le fief administré par l’IEN.

Il est des circonscriptions  où  il est des réunions de directeurs durant lesquelles on promet de ne pas valider telle ou telle action du projet d’école  tant que n’auront pas été transmis les résultats des évaluations CE1 et CM2 alors même que le ministre déclarait quelque mois auparavant qu’elles n’étaient pas « scientifiquement incontestables » et  qu’elles feraient donc « l’objet d’une exploitation dans les écoles ».

Ils est des projets d’écoles dont les actions pédagogiques élaborées par les équipes sont contestées, corrigées puis renvoyées aux écoles afin d’être repensées et retravaillées tant que l’inspecteur ou l’inspectrice ne daignent pas les valider.

Il est des inspecteurs ou des inspectrices qui « proposent » de manière ferme, d’organiser le fonctionnement des écoles lorsqu’il s’agit de participer à certaines actions éducatives, lorsqu’il s’agit d’emmener telle classe à la piscine au lieu de telle autre ou encore lorsqu’il s’agit d’envoyer tel professeur d’école maternelle, pour qu’il enseigne l’anglais dans l’école d’à côté.

Il est des inspecteurs ou des inspectrices qui cherchent à appliquer leurs directives sans jamais prendre en compte à priori les problèmes organisationnels que cela peut poser aux écoles et qui oublient que ces problèmes d’écoles sont aussi ceux de nos élèves.

Il est des inspecteurs et des inspectrices qui demandent des formulaires et des progressions et des projets à rallonges pour que puissent intervenir dans les écoles, des éducateurs sportifs ou des intervenants de toutes sortes, qui ne sont pas payés par l’ Éducation Nationale et qui se trouvent mis en attente de travail et qui donc risquent le chômage.

Donc, il est des inspecteurs ou des inspectrices qui jouent très bien leur rôle de supérieur et imposent leur pouvoir, faisant ainsi peu de cas de notre liberté pédagogique.

L’enseignant, qui est chargé de veiller au bon fonctionnement de l’ école devient dans un tel contexte, simple opérateur. Son droit d’être libre et d’user de son libre arbitre lui sont confisqués. Son expérience, sa capacité d’analyse et ses aptitudes à prendre des décisions lui sont niées alors même que dans les faits ce sont les équipes enseignantes qui, au jour le jour, dans des conditions de plus en plus difficiles, font « tourner la machine » de manière presque autonome. Il ne saurait dans un tel contexte se développer autre chose qu’un profond malaise.

Heureusement , le mécontentement commence à se faire entendre.

Les résistances croissent. Il faut continuer.

Comment ?

En se réunissant : Les écoles sont isolées les unes des autres. Les enseignants à l’intérieur de ces écoles peuvent aussi se retrouver dans des situations d’isolement difficiles à vivre. Il est donc important de pouvoir se rencontrer afin d’exposer ses problèmes et ceux de son école. Les assemblées générales ou les réunions d’informations syndicales sont des moments  qui permettent de tirer de nombreux éléments au clair.

Que peut faire l’IEN ? Quels sont ses droits et quels sont ces devoirs ? Peut-il convoquer sur un simple coup de fil ? Peut-il exiger telle ou telle chose ? Pourquoi certaines de ces injonctions sont délivrées à l’oral sans qu’il n’y ait aucune trace écrite de ces dernières ? Peut-il exiger des progressions dans tel ou tel domaine ? Peut-il exiger un cahier journal de tel ou tel type ? Doit-on absolument utiliser Maestro, le livret numérique départemental ? Doit-on absolument faire passer les évaluations en grande section ? Peut-il décider qu’une école fonctionne de telle ou telle manière alors que l’équipe n’adhère pas au projet qu’il propose  ? Voilà quelques-unes des questions qui sont soulevées lors de ces réunions. Voici quelques-unes des réponses qui peuvent y être données … Non, l’IEN ne peut pas tout imposer car les enseignants jouissent d’une liberté pédagogique dans la mise en place des programmes. Il peut proposer certes. Il peut ne pas apprécier aussi qu’on ne réponde pas à ses exigences mais après tout c’est son problème. Aucune loi ne définit la manière dont doit être tenu un cahier journal. Les progressions sont des outils de travail pédagogiques, libre à chacun de les utiliser comme bon lui semble. Le livret maestro est une expérimentation départementale. Aucune loi ne l’impose. Il participe du fichage et de la numérisation éducative en cours, nous avons toutes les bonnes raisons de ne pas l’utiliser. Les évaluations grande-section sont un dispositif départemental, elles ne s’inscrivent pas dans nos obligations de service.  On ne doit pas se rendre dans le bureau du patron aussitôt qu’il l’ordonne. On doit être convoqué par écrit et être accompagné lors de l’entretien par un représentant syndical. C’est le conseil des maîtres qui décide de l’organisation et du fonctionnement de l’école et non l’inspecteur ou l’inspectrice. Le conseil peut ne pas adopter les propositions de l’IEN .

Les réunions syndicales sont très utiles. Elle permettent de préciser et de définir le cadre dans lequel nous exerçons hors des dictats hiérarchiques, hors des réunions et des animations pédagogiques qui ressemblent très souvent à de véritables séances d’hypnose uniquement destinées à faire avaler de grosses couleuvres.

En temporisant : Quand l’IEN convoque et demande de se rendre dans son bureau sitôt l’école finie, rien n’empêche à quiconque de pas être disponible à ce moment-là.  Vous pouvez d’ailleurs demander à un représentant syndical de vous accompagner si cet entretien doit avoir lieu. C’est conseillé. De même, lorsqu’il est demandé aux équipes de mettre en place un dispositif quelconque, l’équipe peut gagner du temps. Elle doit se réunir. Prendre le temps de l’organiser… Puis oublier la proposition que l’IEN oubliera peut-être lui même ou notifier par un compte rendu de conseil des maîtres, l’impossibilité de mettre en œuvre le dispositif proposé si jamais il insiste… Là encore, toutes les excuses peuvent être bonnes à prendre.

En consultant les textes:   Parole de patron ne fait pas loi. Certes, l’inspecteur ou l’inspectrice s’appuiera sur les textes pour garantir la justesse de son propos mais c’est sa propre interprétation qui motivera ses dires. Rien ne nous empêche d’interpréter les textes nous mêmes et d’y chercher le peu de choses (un mot par-ci ou par-là) qui nous permettent de défendre notre droit d’exercer librement notre métier. Les textes n’ont pas été modifiés depuis 2010. La plupart des nouvelles pratiques que les IEN tentent d’imposer sont dictées par un pilotage départemental expérimental soucieux d’améliorer les statistiques fumeuses de l’Éducation Nationale.

En demandant des écrits : Ce que l’IEN nous demande à l’oral, nous avons pu ne pas bien le comprendre. Envoyons lui des mails afin d’obtenir des éclaircissements et en lui demandant les textes sur lesquels il s’appuie pour nous demander telle ou telle chose. Très souvent ce qu’il exige à l’oral, il le proposera à l’écrit.

En fournissant de l’écrit manuscrit : Les inspecteurs et inspectrices sont en train de devenir  des rouages du pilotage informatisé de l’Éducation Nationale. Ils ont et auront de plus en plus les yeux rivés sur leurs écrans. Ils ont et auront de plus en plus besoin de tableaux, d’enquêtes, de textes, de fichiers à copier, à coller,  à sauvegarder sur des serveurs informatiques, serveurs au service de statistiques en carton qui ne servent qu’à légitimer l’action de l’Etat aux yeux du grand public et qui ne servent qu’à masquer la  faillite de l’ ECOLE, telle que nous la vivons quotidiennement. Refusons donc la logique informatique.  Donnons leur à lire notre écriture au stylo.

En communiquant entre nous : Il n’est plus acceptable d’apprendre trop tard que des collègues sont malmenés et seuls face à la hiérarchie. Les écoles doivent communiquer entre elles par tous les moyens mis à leur disposition. Quand les pressions se font sentir, mieux vaut que le plus de monde possible soit au courant. Il faut contacter tous les gens que l’on connaît. Il faut aussi contacter toutes les organisations syndicales par écrit et ne pas se contenter de leur téléphoner. Chaque écrit témoigne de la situation d’une circonscription.

En menant des actions collectives :   Très souvent, bien que chacun l’ignore, ce que vit une école, c’est ce que vit l’école voisine, c’est aussi ce que vivent toutes les écoles aux alentours.  Pourquoi dès lors devraient elles continuer à être isolées les unes des autres ? Avec des réunions régulières, une communication entre écoles bien établie, se constitue un bloc  prompt à répondre d’une même voix et un collectif apte à mener les actions qu’il décide en son sein. Il est alors plus compliqué  pour l’inspecteur ou l’inspectrice d’exercer son autorité. Lorsque se fait sentir une cohésion entre les écoles, les pressions diminuent.

A l’heure où l’on entend parler de contrat éducatif local, de cycle commun école collège alliant le CM1, CM2 et la sixième avec la création d’un conseil pédagogique sous la coupe du collège,  alors qu’on peut  se demander, qui  dans le système scolaire à venir  de l’IEN, du maire ou principal  de collège prendra le rôle du supérieur, on pressent que la réorganisation du premier degré risque de ne pas se limiter à un simple changement de rythme. Il est donc important de ne pas laisser ces « patrons inspecteurs » agir à leur guise sans que leur soit signifié notre profond désaccord. Il ne faut pas les laisser nous habituer au changement. L’incursion d’une logique de gestion d’entreprise où l’on pilote le personnel avec autorité ne fait que révéler l’emprise grandissante de la logique libérale sur le système éducatif. Cela constitue une véritable menace envers les spécificités de notre fonction et envers le fonctionnement  de l’ensemble du système éducatif qui doit être régi selon des principes hautement démocratiques.

 

Face à cela, il faut donc continuer de dénoncer les pressions administratives d’un système  qui infantilise, nous dépossède de notre métier et modifie la vision que nous avons de l’école.

Face à cela, Il faut réaffirmer notre attachement au conseil des maîtres comme organe décisionnaire de l’école et  réclamer l’étendue de ses prérogatives en revendiquant la gestion collégiale et coopérative des écoles.

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